Le 9 mars 2026, 900 gendarmes appuyés par le GIGN se déploient simultanément dans six départements. Cible : l'opération « Octopus », contre une organisation criminelle dont les contours étaient encore flous trois ans plus tôt. Quarante-deux personnes interpellées. Vingt-six mises en examen, dont quinze placées en détention provisoire. Un avocat parmi elles. Deux rappeurs. Trois chefs présumés. Une moyenne d'âge de 28 ans. Et, pour la première fois depuis la promulgation de la loi du 13 juin 2025, le recours à une qualification pénale inédite : l'association mafieuse.
C'est la photographie la plus récente de ce qu'on appelle, dans la presse comme dans les communiqués officiels, la DZ Mafia. Un nom devenu en trois ans le label le plus visible du narcobanditisme français — d'abord à Marseille, puis bien au-delà.
Pour comprendre ce qu'est devenue la DZ Mafia, il faut tenir trois fils en même temps. Le fil du terrain marseillais — la guerre des clans, le rajeunissement extrême des exécutants, la pression sur les commerces. Le fil de la diversification criminelle — blanchiment international, infiltration du rap, pilotage depuis les cellules. Et le fil de la réponse de l'État — une nouvelle loi narcotrafic, des prisons de haute sécurité, une centralisation judiciaire à Paris.
Aucun de ces fils, pris isolément, ne raconte toute l'histoire. Ensemble, ils décrivent la mutation d'une économie criminelle qui n'est plus un problème de quartiers nord, mais un problème national.
De Bangkok à Marseille : la guerre des clans qui structure tout
Tout commence, selon plusieurs sources de presse, par une altercation. En février 2023, dans une boîte de nuit de Thaïlande, deux hommes connus des services de police marseillais se croisent. Mehdi L., dit « Tic », présenté par certaines sources comme l'un des hommes les plus puissants de la coupole DZ. Félix Bingui, chef présumé du clan Yoda, l'autre grande structure du narcobanditisme marseillais. L'incident dégénère.
Six mois plus tard, à l'été 2023, la rivalité entre les deux groupes structure une grande partie de la violence marseillaise. Le bilan annuel sera lourd : 49 morts liés au narcobanditisme dans la région cette année-là. Le mot de « bain de sang » s'impose dans la presse nationale.
Cette guerre n'est pas seulement une lutte de territoires. C'est aussi un combat pour le label — le nom qui s'impose dans l'espace public, qui terrorise les concurrents, qui attire les recrutements. La DZ Mafia revendique, communique, diffuse des vidéos. En octobre 2024, une de ces vidéos circule sur les réseaux : des hommes masqués, se réclamant du groupe, nient publiquement leur implication dans deux meurtres récents. Le procureur de Marseille ouvre aussitôt une enquête.
Le calcul est lisible. À mesure que le nom DZ s'installe comme une marque criminelle, le groupe gagne en visibilité, en pouvoir d'intimidation, en capacité d'attraction. C'est la logique du « branding criminel » que Le Monde a documentée en octobre 2024 : la DZ Mafia est devenue une PME de la drogue devenue un label criminel aux ambitions mafieuses.
L'extradition de Félix Bingui du Maroc vers la France, le 22 janvier 2025, marque un tournant. Le chef présumé du clan Yoda, longtemps insaisissable, est désormais à la disposition de la justice française. Le rapport de force marseillais bascule. La DZ Mafia n'est plus en concurrence avec Yoda d'égal à égal — elle domine, et elle change d'échelle.
L'ultra-rajeunissement : le cœur humain du dossier
C'est sans doute le fait le plus saisissant des sources publiques de 2024-2025. Pas seulement parce qu'il est chiffré. Parce qu'il dit quelque chose d'une économie criminelle qui a appris à exploiter, à grande échelle, les adolescents les plus précaires des quartiers populaires.
Selon le bilan présenté par les autorités en janvier 2025, 512 mineurs ont été poursuivis en 2024 pour participation à un trafic de stupéfiants à Marseille, avec 121 mandats de dépôt prononcés dans cette tranche d'âge. Sur le terrain, ces jeunes sont décrits par les enquêteurs comme guetteurs, petits vendeurs, préparateurs de commandes, parfois membres d'équipes de tireurs.
Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, a pris position publiquement sur ce point :
La position est notable. Elle reconnaît implicitement ce que le rapport de l'UNICEF France documente plus largement : la France continue trop souvent à poursuivre ces mineurs comme des auteurs au lieu de les protéger comme victimes d'exploitation criminelle. Les sources judiciaires et associatives font remonter des faits pouvant relever de séquestration, de torture, de barbarie et, dans certains cas, de traite d'êtres humains.
Le rajeunissement n'est pas seulement quantitatif. Il est structurel. L'« Uber shit » — la livraison de drogue à domicile, ubérisée, commandée par téléphone — repose en grande partie sur ces livreurs adolescents. En 2024, à Marseille, 121 affaires d'Uber shit ont été bouclées, impliquant 180 livreurs et livreuses. Les profils types : des jeunes des quartiers nord ou est, recrutés via les réseaux sociaux, payés à la course, et qui se retrouvent rapidement piégés dans des dettes ou des menaces qui leur interdisent la sortie.
Cette mutation de la chaîne du trafic vers une économie de plateforme à bas coût a un effet collatéral : elle multiplie les points d'entrée pour les mineurs, et elle dilue les responsabilités. Le donneur d'ordre n'est jamais celui qui livre. Le livreur, lui, peut tomber à 15 ans pour avoir transporté quelques grammes — et finir avec un casier qui le poursuit toute sa vie active.
Diversification : prison, racket, hawala, rap
Si la DZ Mafia n'était qu'un opérateur du trafic de stupéfiants, elle ne mobiliserait pas un tel arsenal législatif et policier. Ce qui inquiète les institutions, c'est ce que les sources décrivent comme une diversification systémique vers plusieurs économies parallèles.
La prison comme centre de commandement. Plusieurs enquêtes ont établi que des cadres présumés de la DZ Mafia continuent de piloter leurs activités depuis leur cellule. C'est précisément ce qui a déclenché, le 22 février 2024, l'ouverture par la JIRS de Marseille de l'enquête qui aboutira à Octopus deux ans plus tard. La dénonciation initiale vient d'un juge d'instruction : il constate que des gérants de points de vente rendent des comptes réguliers à un cadre incarcéré. La prison, censée couper les ponts, devient une plate-forme de coordination.
L'État a réagi en créant les quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), des espaces de très haute sécurité destinés à isoler les commanditaires de leurs réseaux. Mais l'enquête Octopus en a montré la limite : un avocat lyonnais a été mis en examen et écroué pour avoir, selon le parquet, permis à un détenu de Vendin-le-Vieil de communiquer avec l'extérieur — par sa ligne téléphonique, ses courriers couverts par le secret professionnel, et son ordinateur portable.
Le blanchiment international. En septembre 2025, une opération franco-italienne en deux phases démantèle un réseau de blanchiment de proximité directement relié à la DZ Mafia. Les saisies sont spectaculaires : 55 kilogrammes d'or, plus de 2,4 millions d'euros en espèces, 8 millions d'euros au total en première phase. Le mécanisme révélé est celui de la hawala, un système de transfert informel d'argent fondé sur la confiance entre collecteurs, qui ne laisse pas de trace bancaire. C'est l'antithèse exacte du trafic en sac plastique : un dispositif sophistiqué, transnational, qui rapproche la DZ Mafia des grandes organisations criminelles mondiales.
Le racket et l'extorsion. Au-delà du deal de rue, les enquêtes documentent une pression croissante sur les commerçants, les restaurants, les loueurs. Le procureur Bessone a annoncé en décembre 2024 que, depuis le 1er octobre de la même année, 119 interpellations et plus de 100 mises en examen avaient été conduites dans huit affaires, notamment d'extorsion. Le racket devient un revenu d'appoint stable. Il diversifie l'organisation au-delà du trafic, et il l'enracine dans le tissu économique légal.
Le rap et la culture populaire. Lors de l'opération Octopus, deux rappeurs ont été mis en cause : Dika, placé sous contrôle judiciaire, et KITKVT, placé en détention provisoire. L'enquête vise à comprendre la nature des liens entre certains artistes et l'organisation — flux financiers, mise en scène, communication. Le sujet est sensible : il croise des questions de liberté artistique et de présomption d'innocence. Mais il documente une dimension culturelle de l'emprise, qui dépasse la seule économie illicite.
La loi du 13 juin 2025 : ce qui a changé
Face à cet écosystème, l'État français a opté pour un durcissement structurel. La loi n° 2025-532 du 13 juin 2025, dite loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, est l'outil central de cette stratégie. Elle a été validée pour l'essentiel par le Conseil constitutionnel dans sa décision du 12 juin 2025, avec quelques censures techniques.
Trois changements structurants :
1. La création du Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco). Entré en fonction le 5 janvier 2026 au tribunal judiciaire de Paris, dirigé par Vanessa Perrée, ce parquet spécialisé centralise les affaires les plus graves de criminalité organisée. Il coordonne les JIRS — les juridictions interrégionales spécialisées comme celle de Marseille — sur les dossiers transnationaux et les organisations en réseau. C'est l'équivalent, pour la criminalité organisée, du parquet national antiterroriste (PNAT) créé en 2019.
2. La qualification d'« association mafieuse ». Nouvelle incrimination introduite par la loi, elle vise les groupes criminels structurés et durables, dotés d'une organisation hiérarchique et d'une capacité à imposer leur volonté par la violence ou la corruption. Selon Gendinfo, communiqué publié le 14 mars 2026 :
Cette qualification est utilisée à l'occasion d'Octopus. Si elle est confirmée par les juges du fond, elle ouvre la voie à des peines plus lourdes, à des saisies patrimoniales étendues, et à un régime carcéral renforcé.
3. Les quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO). Espaces pénitentiaires à très haute sécurité, ils sont prévus pour les commanditaires identifiés. L'idée est simple : empêcher les détenus stratégiques de continuer à piloter leurs réseaux depuis leur cellule. L'exemple de Vendin-le-Vieil, où un chef présumé a malgré tout pu communiquer via son avocat, illustre que le dispositif n'est pas étanche. Mais il marque une rupture avec les régimes de détention classiques.
La logique d'ensemble est de viser le haut du spectre : ne plus se contenter d'arrêter les gérants de points de deal, mais remonter aux commanditaires, aux blanchisseurs, aux investisseurs. C'est précisément ce qu'Octopus a tenté d'accomplir. C'est aussi la stratégie que défend la procureure du Pnaco en entrée de fonction. Reste à voir si les institutions tiendront la cadence.
Justice marseillaise : l'angle mort de la corruption
Le 12 mars 2026, Le Monde publie une enquête au titre sec : Face à la DZ Mafia, la justice marseillaise exposée au risque de corruption. L'article cite Olivier Leurent, président du tribunal judiciaire de Marseille :
L'enjeu est central. La répression d'une organisation comme la DZ Mafia repose sur la confiance dans l'intégrité des institutions qui la combattent : magistrats, greffiers, agents de police judiciaire, surveillants pénitentiaires. Quand des consultations illicites de fichiers sont documentées, quand un avocat est mis en cause pour avoir facilité des communications depuis la prison, l'édifice se fragilise.
Ce n'est pas une crise isolée. Isabelle Couderc, vice-présidente chargée de la coordination de la section JIRS criminalité organisée à Marseille, avait déjà alerté dans le rapport du Sénat du 7 mai 2024 :
La parole est forte. Elle vient d'une magistrate spécialisée, en première ligne. Elle ne dit pas que la guerre est perdue, mais qu'elle est en passe de l'être faute de moyens. La création du Pnaco un an et demi plus tard apparaît, dans ce contexte, comme une réponse politique à cet aveu. Reste à mesurer son efficacité réelle.

Les chiffres qu'il faut connaître
Pour saisir l'ampleur du phénomène DZ Mafia sans s'enfermer dans le récit marseillais, il faut le situer dans une économie nationale.
Selon le rapport du Sénat du 7 mai 2024, le marché français des stupéfiants représente entre 3 et 6 milliards d'euros annuels, et 240 000 personnes en vivent directement ou indirectement, selon une estimation reprise de l'Insee. L'OFDT documente de son côté 1,1 million de consommateurs annuels de cocaïne en France.
Ces ordres de grandeur changent la lecture. La violence marseillaise n'est pas seulement un problème de quartiers. C'est l'extrémité visible d'une économie nationale massive — qui consomme, qui demande, qui finance. Sans une politique sérieuse sur la demande, en parallèle de la répression de l'offre, la guerre des chefs présumés se rejouera, génération après génération.
À Marseille spécifiquement, le rapport TREND de l'OFDT documente pour 2024 :
- l'installation de nouveaux points de vente dans l'hypercentre — au-delà des cités historiques ;
- des prix stables : 50 € la cocaïne sur point de vente de rue, 70 à 80 € en livraison ou en contexte festif ;
- la fermeture de 29 points de deal, leur nombre étant passé de 161 en 2023 à 84 en 2024 selon le préfet de police ;
- plus de 2 000 personnes mises en examen pour des infractions liées aux stupéfiants à Marseille en 2024.
L'effort policier est massif. Le résultat est mesuré. Le procureur Bessone l'a résumé sobrement en décembre 2024 : « Les problèmes ne seront pas réglés demain matin, mais nous avons des résultats. »
Le premier procès et ses ambiguïtés
Le 23 mars 2026, sous très haute sécurité, s'ouvre à Aix-en-Provence le premier grand procès d'assises lié à des chefs présumés de la DZ Mafia. L'affaire jugée : un double assassinat commis en 2019, près de Marseille — celui de Farid Tir et de Mohamed Amine Bendjaghlouli. Deux accusés au banc : Gabriel Ory, dit « Gaby », Marseillais de 31 ans présenté par plusieurs sources comme l'un des « pères fondateurs » présumés du groupe ; et Amine Oualane, dit « Mamine », autre figure historique présumée.
Le parquet requiert la perpétuité contre Gabriel Ory, accusé d'avoir transmis aux tireurs les codes d'accès de l'hôtel où ont eu lieu les meurtres. Il requiert 18 ans contre Amine Oualane pour participation à une association de malfaiteurs.
Le verdict tombe le 14 avril 2026. Gabriel Ory est condamné à 25 ans de réclusion criminelle — peine inférieure aux réquisitions, mais lourde. Amine Oualane est acquitté dans ce dossier précis. Précision essentielle : l'acquittement concerne l'affaire jugée. Amine Oualane reste détenu pour d'autres dossiers, et l'acquittement ne vaut pas innocence générale sur l'ensemble des soupçons judiciaires qui le concernent.
Le procureur général de la cour d'appel d'Aix, Franck Rastoul, a dénoncé à l'issue du procès « une dérive en matière de criminalité organisée transformant les cours d'assises en ring de boxe judiciaire ». Le constat dit deux choses. D'abord, que la justice marseillaise est sous pression continue — verbale, intimidante, parfois physique. Ensuite, que la promesse politique d'une répression à la hauteur du phénomène se heurte à la réalité d'audiences qui se tiennent dans des conditions de plus en plus tendues.
La DZ Mafia se fracture-t-elle ?
Le 12 janvier 2026, Le Monde relève un détail qui peut paraître anecdotique mais que les enquêteurs prennent au sérieux : après l'agression très violente d'un adolescent à Marseille, un nouveau tag apparaît sur les murs. DZNG — pour DZ Nouvelle Génération. Le sigle signale une possible fracture interne au sein de l'organisation.
Le phénomène n'a rien d'inhabituel dans les grandes structures criminelles. À mesure qu'une organisation grandit, qu'elle accumule des arrestations de ses cadres, qu'elle diversifie ses activités, des tensions internes apparaissent. De jeunes générations contestent les anciens, certains lieutenants veulent leur autonomie, des dossiers personnels créent des fractures. La Mocro Maffia néerlandaise, les cartels mexicains, la 'Ndrangheta calabraise ont tous connu ces phases de scission.
Pour l'enquête, cette fragmentation est ambivalente. Elle peut affaiblir l'organisation principale en la divisant. Elle peut aussi multiplier les acteurs, complexifier les chaînes de commandement, déclencher de nouvelles vagues de violence entre factions rivales. À Marseille comme ailleurs, les guerres internes sont souvent plus meurtrières que les guerres externes.
L'opération Octopus, en visant les trois chefs présumés du « triumvirat » identifié par la gendarmerie — Amine O., Gabriel O. et Madhi Z. —, peut accélérer ces dynamiques de fracture. Les semaines à venir le diront. La trajectoire récente du dossier Mehdi à Marseille, où trois balles ont conduit à deux versions irréconciliables d'une même scène, rappelle que la violence ne s'éteint pas par décret.
Faut-il dire « mafia » ?
Le débat est plus vif qu'il n'en a l'air. D'un côté, les institutions françaises assument désormais le mot. Le ministère de la Justice met en avant le Pnaco. Gendinfo emploie sans précaution la formule « association mafieuse ». Le procureur de Marseille parle de structure criminelle marseillaise structurée. La presse reprend.
De l'autre côté, la recherche académique rappelle que la qualification mérite la prudence. Un projet de thèse en cours au Cnam s'intéresse précisément à la dichotomie traditionnelle mafia / réseau criminel, et défend l'idée que la stabilisation criminologique du terme « mafia » suppose des critères que la DZ Mafia ne remplit pas tous : durée historique multiséculaire, enracinement social profond, capacité à se substituer à l'État dans certains territoires, codes de conduite ritualisés.
La position prudente — celle que Mediapart et Marsactu ont défendue en 2025 sous le titre « Trafics : de quoi la DZ Mafia est-elle le nom ? » — est de considérer le label DZ Mafia comme une construction journalistique et auto-revendiquée, qui désigne une réalité sociale et criminelle bien identifiée, sans pour autant rejoindre les définitions classiques. C'est aussi ce que recommande la rigueur éditoriale : utiliser le nom parce qu'il s'est imposé, sans surfaire la comparaison avec les organisations mafieuses italiennes ou japonaises.
Et après ?
L'année 2026 ne fait que commencer. Plusieurs procès sont attendus dans les mois à venir, à mesure que les dossiers Octopus arrivent en jugement. La centralisation du Pnaco va se tester en pratique. Les premières applications de la qualification d'association mafieuse seront scrutées par la défense et par les juges du fond. La question des moyens judiciaires restera centrale : la justice marseillaise reste saturée, et le procureur général d'Aix a lancé en janvier 2025 ce qu'il a appelé un « SOS judiciaire ».
Plusieurs questions structurelles attendent encore leurs réponses :
Sur les mineurs. La politique de protection plutôt que de poursuite, défendue par le procureur Bessone, va-t-elle se traduire dans les pratiques de la PJJ et des parquets ? L'UNICEF France continue de demander un changement de paradigme.
Sur la prison. Les QLCO suffiront-ils à couper les commanditaires de leurs réseaux, ou faudra-t-il aller plus loin ? Comme le détaille notre analyse des prisons françaises, le système carcéral fait face à une saturation chronique qui pèse aussi sur la gestion des profils à haut risque.
Sur la corruption. Combien de cas de consultations illicites de fichiers, de complicités professionnelles, d'agents retournés ? L'État dispose-t-il des outils pour traiter ce risque institutionnel à hauteur de ce que les enquêteurs décrivent ?
Sur la demande. Tant que 1,1 million de Français consommeront de la cocaïne chaque année, et que le marché national tournera entre 3 et 6 milliards d'euros, l'offre se reconstituera. La répression de l'offre n'épuise pas le sujet.
Le procureur Bessone, en décembre 2024, l'avait formulé sans pathos : « Les problèmes ne seront pas réglés demain matin, mais nous avons des résultats. » C'est une lecture honnête. Trois ans après l'apparition publique de la DZ Mafia, l'État a changé ses outils. Le groupe a changé d'échelle. La suite se jouera dans les prochaines audiences, dans les prochaines détentions, dans les prochaines générations recrutées — ou protégées.
Sources
- Sénat — Un nécessaire sursaut : sortir du piège du narcotrafic, rapport du 7 mai 2024
- OFDT — Tendances récentes et évolutions liées aux usages de drogues à Marseille et en PACA en 2024 (rapport TREND)
- OFDT — Drogues et addictions, chiffres clés 2025
- Gendinfo — Opération « Octopus » : nouveau coup de filet contre la DZ mafia, 14 mars 2026
- Gendinfo — La coopération franco-italienne a permis le démantèlement d'un vaste réseau de blanchiment international, 24 septembre 2025
- Légifrance — Loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic
- Légifrance — Décision n° 2025-885 DC du 12 juin 2025 (Conseil constitutionnel)
- Ministère de la Justice — Le parquet national anticriminalité organisée entre en fonction, 9 janvier 2026
- Ministère de la Justice — La lutte contre le narcotrafic (dossier)
- Le Monde — Narcobanditisme : DZ Mafia, une sanglante organisation criminelle marseillaise, racontée de l'intérieur, 13 octobre 2023
- Le Monde — La DZ Mafia, une PME de la drogue devenue un label criminel aux ambitions mafieuses, 15 octobre 2024
- Le Monde — Depuis deux ans, l'inexorable ascension de la DZ Mafia, à Marseille et au-delà, 9 décembre 2024
- Le Monde — Marseille demeure un épicentre du trafic de drogue, malgré la baisse des narchomicides en 2024, 21 janvier 2025
- Le Monde — Face à la DZ Mafia, la justice marseillaise exposée au risque de corruption, 12 mars 2026
- Le Monde — La DZ Mafia marseillaise se fracture avec l'apparition de la DZ Nouvelle Génération, 12 mars 2026
- Le Monde — DZ Mafia : au procès de ses chefs présumés, vingt-cinq ans de prison pour Gabriel Ory, Amine Oualane acquitté, 14 avril 2026
- Le Monde — Bapteme du feu pour le Pnaco, 5 janvier 2026
- Mediapart / Marsactu — Trafics : de quoi la DZ Mafia est-elle le nom ?, 2 juillet 2025
- Blast — Narcotrafic, une histoire de la DZ Mafia – Episode 1, 27 septembre 2025
- Reuters — French jail attacks no longer being investigated as terrorism, 2 mai 2025
- AP — A notorious drug gang is in the crosshairs of a French police investigation of prison attacks, 2025
- France Info — DZ Mafia : 26 suspects mis en examen, dont 15 placés en détention provisoire, 14 mars 2026
- Projet de thèse Cnam — Une remise en question de la dichotomie traditionnelle « mafia / réseau criminel » : les cas de la DZ Mafia et de la Mocro Maffia


