Dette publique : pourquoi la France paie désormais plus d'intérêts qu'elle ne dépense pour sa Défense

Fin 2025, la dette publique française atteint 3 460 milliards d'euros, soit 115,6 % du PIB. Au troisième trimestre, le ratio est même monté à 117,4 % — un record absolu hors crise majeure. La charge des intérêts s'élève à 74 milliards d'euros pour 2026, plus que le budget de la Défense ou de l'Enseignement supérieur. Décryptage d'un emballement silencieux.

En 1995, la dette publique française pesait moins de 60 % du PIB. Trente ans plus tard, elle en représente près du double. Et la trajectoire s'accélère.

Selon les derniers chiffres publiés par l'INSEE fin mars 2026, la dette des administrations publiques au sens de Maastricht atteint 3 460,5 milliards d'euros fin 2025, soit 115,6 % du PIB, contre 112,6 % fin 2024 et 109,5 % fin 2023. En une seule année, elle s'est alourdie de 154,4 milliards d'euros.

Le pic du troisième trimestre 2025 a même touché 117,4 % du PIB — un niveau jamais atteint en dehors de la pandémie de Covid-19.

Mais le chiffre qui frappe le plus n'est pas l'encours lui-même. C'est ce qu'il coûte. Pour la première fois dans l'histoire récente du budget de l'État, la charge des intérêts est devenue le premier poste de dépenses, devant la Défense. 74 milliards d'euros prévus en 2026, soit plus que ce qui est dépensé pour les armées, l'Enseignement supérieur ou la Justice.

C'est le résultat mécanique d'une dette qui gonfle dans un environnement où l'argent n'est plus gratuit.


Dette ou déficit : de quoi parle-t-on ?

Les deux notions sont souvent confondues. Elles sont distinctes.

Le déficit public est un flux annuel : c'est la différence négative entre les recettes (impôts, cotisations) et les dépenses des administrations publiques sur une année. En 2025, il s'élève à 152,5 milliards d'euros, soit 5,1 % du PIB selon l'INSEE — bien au-dessus du seuil de 3 % fixé par les règles européennes de Maastricht.

La dette publique est un stock : le cumul de tous les déficits passés non encore remboursés. Quand l'État dépense plus qu'il ne perçoit, il emprunte. La dette est l'addition de ces emprunts.

« Le déficit budgétaire est une grandeur économique mesurée au cours d'une période donnée, la dette est un stock, à savoir une grandeur économique mesurée à un moment donné. » — INSEE

L'unité de mesure de référence est le ratio dette/PIB. Il permet de comparer les pays et d'évaluer la soutenabilité : une dette de 3 000 milliards n'a pas le même poids dans une économie de 2 000 milliards que dans une économie de 5 000 milliards.

Pour rappel, le traité de Maastricht (1992) avait fixé deux seuils théoriques pour les pays de la zone euro : déficit annuel sous 3 % du PIB, et dette sous 60 % du PIB. La France n'a respecté simultanément ces deux critères qu'à de très rares moments depuis 1995.


L'emballement : trois chocs, une trajectoire

La progression a été quasi-continue depuis le milieu des années 1990. Trois inflexions majeures la rythment.

2008–2012. La crise des subprimes provoque une chute des recettes fiscales et déclenche des plans de relance massifs. La dette passe de 64 % à 90 % du PIB en cinq ans. Aucune décrue n'interviendra ensuite, malgré plusieurs lois de programmation des finances publiques.

2020. La pandémie de Covid-19 fait exploser le déficit avec le « quoi qu'il en coûte » d'Emmanuel Macron. La dette gagne 15 points de PIB en une seule année, frôlant les 115 %. Les autres pays européens connaissent la même envolée — mais la plupart amorcent ensuite un resserrement budgétaire.

2022 et après. La fin de l'ère des taux zéro change la donne. Quand la BCE relève ses taux directeurs pour combattre l'inflation post-Covid, le coût de la dette pour l'État se met à grimper. La France, qui n'a pas réduit son endettement pendant les années de taux bas, prend de plein fouet cette remontée.

« Cela fait désormais un demi-siècle que la France vit au-dessus de ses moyens. L'État, les collectivités locales et la Sécurité sociale dépensent durablement plus qu'ils ne perçoivent, alimentant un endettement croissant. La pandémie de Covid-19 a accentué ce phénomène, mais la plupart des pays européens ont ensuite engagé un resserrement budgétaire. La France, elle, n'est pas parvenue à inverser la tendance. » — Public Sénat, décembre 2025

La charge des intérêts : le premier budget de l'État

Le chiffre est inédit dans l'histoire moderne du budget français.

En 2024 : 58 milliards d'euros d'intérêts. En 2025 : 67 milliards. En 2026 : 74 milliards prévus.

Soit + 16 milliards d'euros en deux ans. À titre de comparaison, c'est l'équivalent du budget annuel du ministère de la Justice. Ou de plus du double du budget de la Recherche.

La mécanique est cruelle. 174 milliards d'euros d'obligations arrivent à échéance en 2026, dont plus de 100 milliards entre février et mai. À l'exception de deux titres, ces obligations avaient des rendements très faibles, hérités de l'ère des taux zéro : 0 %, 0,1 %, 0,5 %, 0,25 %.

Le taux moyen de ces obligations qui arrivent à échéance ? 1,2 %.

Mais l'Agence France Trésor doit les remplacer par de nouveaux emprunts à des taux bien plus élevés. Le taux d'emprunt à moyen et long terme est passé de 2,91 % en 2024 à 3,14 % en 2025, et le taux de référence à dix ans est monté de 2,94 % à 3,37 %. Concrètement, chaque obligation refinancée coûte deux à trois fois plus cher en intérêts qu'elle ne coûtait avant.

Selon les calculs de l'IFRAP, ce seul effet de bascule représente un surcoût d'environ 4 milliards d'euros sur l'année 2026. Et cet effet va se prolonger plusieurs années, à mesure que les anciennes obligations à taux quasi nul disparaissent du portefeuille.

Calculatrices sur une surface sombre, l'une à touches noires et l'autre à touches claires, symbolisant des calculs financiers.
Des calculatrices posées sur un bureau, symbolisant l'analyse des coûts liés à la dette publique en France.


2026 : l'année record des émissions

AnnéeÉmissions totalesOAT moyen-long termeBTF court termeÉmissions nettes
2024~430 Md€~285 Md€~145 Md€285 Md€
2025~497 Md€~270 Md€ + 20 Md€ indexée~207 Md€300 Md€
2026>530 Md€~290 Md€ + 20 Md€ indexée~220 Md€310 Md€

L'Agence France Trésor doit lever en 2026 plus de 530 milliards d'euros au total, dont 310 milliards d'euros d'émissions nettes (après remboursement des dettes arrivant à échéance). C'est plus qu'en 2020, l'année du Covid, où les émissions s'étaient pourtant établies à un niveau exceptionnel pour financer le « quoi qu'il en coûte ».

Pour la première fois, l'État a même prévu un programme d'émission record hors crise majeure.

Les conditions de marché commencent à se tendre. L'IFRAP relève une baisse régulière du taux de couverture sur les adjudications d'obligations depuis six mois, tant à long terme qu'à court terme. Le taux de couverture — le rapport entre le volume demandé par les investisseurs et le volume effectivement émis — est passé à 2,2 en janvier 2026, contre 2,6 fin 2025. Plus le taux baisse, plus la France doit accepter des conditions tarifaires défavorables pour placer ses titres.

L'écart de rendement entre les obligations françaises (OAT) et les obligations italiennes (BTP) à dix ans s'est même partiellement inversé fin 2025 — un fait inédit en zone euro. La France, longtemps considérée comme un emprunteur premium, paie aujourd'hui une prime de risque comparable à celle de l'Italie.


Qui prête à la France ?

La dette publique française est largement détenue par des investisseurs étrangers — bien plus que ses voisins.

PaysDette / PIB (fin 2025)Part détenue par non-résidents
France115,6 %55 %
Allemagne62,5 %~40 %
Italie135,3 %~30 %
Royaume-Uni~100 %~28 %
Grèce153,6 %n.c.

Cette internationalisation a deux faces. D'un côté, elle reflète l'attractivité du marché obligataire français : les titres français sont liquides, faciles à échanger, recherchés par les fonds de pension et les banques centrales du monde entier. De l'autre, elle expose le pays à un risque de défiance plus rapide en cas de turbulence : les investisseurs étrangers peuvent vendre brutalement.

Le reste de la dette est détenu par :

  • La Banque de France (pour le compte de la BCE), qui a accumulé environ 630 Md€ d'OAT dans le cadre du programme d'achats d'actifs (PSPP, PEPP). Elle représentait à elle seule près de 20 % de la dette maastrichtienne fin 2024.
  • Les assurances-vie françaises (~9 %).
  • Les banques résidentes (~9 %).
  • Les autres détenteurs (fonds, particuliers, etc.).

À noter : depuis 2022, la BCE ne renouvelle plus les obligations qui arrivent à échéance. Cela signifie qu'à chaque maturité, les titres détenus par la Banque de France sortent du portefeuille — et doivent être absorbés par d'autres acheteurs sur le marché. C'est l'un des facteurs qui font monter les taux exigés.


Comment l'État emprunte concrètement

Le mécanisme est connu des marchés mais peu visible du grand public. L'Agence France Trésor (AFT), rattachée à Bercy, organise des adjudications régulières — c'est-à-dire des enchères auxquelles participent une trentaine de banques et institutions financières, les « spécialistes en valeurs du Trésor » (SVT).

Trois grands types d'instruments structurent la dette :

Les BTF (Bons du Trésor à taux fixe). Titres à court terme, de 3 à 12 mois. Émis chaque semaine. Servent à gérer la trésorerie de l'État.

Les OAT (Obligations Assimilables du Trésor). Titres à moyen et long terme, de 2 à 50 ans. Avec des coupons annuels et une échéance fixe. C'est l'instrument principal : environ 80 % de la dette de l'État.

Les OAT indexées (OATi et OAT€i). Titres dont les coupons sont indexés sur l'inflation française ou européenne. Volume plus limité, mais en croissance.

Les adjudications d'OAT à moyen terme ont lieu le 3ᵉ jeudi du mois, celles de long terme le 1ᵉʳ jeudi. À chaque enchère, les investisseurs soumettent des offres à des prix différents. L'AFT retient les meilleurs prix jusqu'à atteindre le volume cible. Le taux d'équilibre est fixé par le marché, pas par l'État.

C'est ainsi que se définit, mois après mois, le coût d'emprunt de la France.


Pourquoi le ratio est-il devenu le seul indicateur qui compte

L'INSEE et la Banque de France évaluent la soutenabilité d'une dette par la trajectoire du ratio dette/PIB dans le temps.

La règle est mathématiquement simple :

  • Si la croissance nominale du PIB est plus rapide que le taux d'intérêt apparent de la dette, alors le ratio peut baisser même avec un déficit. C'est ce qui s'est produit pendant la décennie 2010, sous l'effet conjugué d'une croissance modeste et de taux quasi nuls.
  • Si à l'inverse les taux d'intérêt dépassent durablement la croissance, alors la dette s'emballe. Pour stabiliser le ratio, il faut soit dégager un excédent budgétaire primaire (recettes > dépenses hors charge de la dette), soit accepter une trajectoire haussière.

C'est exactement le scénario actuel. La France emprunte à 3,14 % en moyenne (en 2025), mais sa croissance nominale prévue pour 2026 ne dépasse pas 2 % à 2,5 %. Sans rééquilibrage budgétaire, la dette continuera de progresser plus vite que l'économie.

D'où une question de plus en plus posée par les économistes : à quel niveau le ratio cesserait-il d'être tolérable ? Aucun seuil scientifique ne fait consensus. Mais les agences de notation surveillent. Fitch a placé la France à « A+ » avec perspective négative. Moody's maintient « Aa3 » avec perspective négative. Une dégradation ferait monter mécaniquement les taux exigés par les prêteurs — et alourdirait encore la charge de la dette.


Quelles options pour redresser ?

Trois grandes voies, chacune avec ses contreparties politiques.

1. L'austérité. Réduire le déficit par des coupes budgétaires ou des hausses d'impôts pour ramener la dette sur une trajectoire descendante. C'est la voie classique, suivie par l'Allemagne, le Portugal ou l'Espagne après 2012. Coût social et politique élevé : contractions de salaires, baisse de la demande, impopularité.

2. Le pari de la croissance. Stimuler la croissance économique par des investissements ou des réformes structurelles, dans l'espoir que la dénominatrice du ratio (le PIB) progresse plus vite que le numérateur (la dette). C'est, officiellement, la stratégie française depuis 2017. Difficulté : les marges de manœuvre se réduisent à mesure que les taux montent.

3. Le compromis budgétaire. Trouver un équilibre entre maîtrise des dépenses et préservation des investissements stratégiques (transition écologique, défense, santé). C'est la voie cherchée par les gouvernements successifs — mais l'échec de la commission mixte paritaire sur le budget 2026 illustre la difficulté politique de l'exercice.

Quatre options sont en revanche écartées, soit parce qu'elles sont interdites en zone euro, soit parce qu'elles sont jugées impraticables :

  • La monétisation directe par la BCE est interdite par les traités européens.
  • La restructuration de la dette (« haircut ») n'a été utilisée en zone euro qu'en Grèce (2012), au prix d'un choc social majeur. Inenvisageable pour la France.
  • L'inflation forte comme outil d'allégement réel de la dette, théoriquement possible, fait peser un coût social inacceptable et n'est pas pilotable.
  • Le retour à la planche à billets nationale supposerait une sortie de l'euro.

Le contexte politique : un budget 2026 dans le brouillard

Le 19 décembre 2025, la commission mixte paritaire (CMP) sur le projet de loi de finances 2026 a échoué. Députés et sénateurs n'ont pas trouvé d'accord. Faute d'adoption avant le 31 décembre, le gouvernement a dû recourir à une « loi spéciale » pour assurer la continuité de l'État — notamment la perception des impôts.

Selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l'application de cette loi spéciale sur l'ensemble de l'année 2026 entraînerait :

  • une perte de 6,5 milliards d'euros de recettes pour l'État ;
  • une réduction des dépenses de 3 milliards d'euros seulement.

Soit un manque à gagner net de 3,5 milliards d'euros pour les finances publiques. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a publiquement averti contre un déficit « nettement supérieur à ce qui est souhaitable » dans ce scénario.

Le projet de loi initial prévoyait une réduction marginale du déficit, de 5,4 % du PIB en 2025 à 5,3 % en 2026 — déjà loin de l'objectif annoncé par le Premier ministre de le maintenir sous la barre des 5 %. Avec la loi spéciale, même cette trajectoire devient incertaine.


L'écart franco-allemand se creuse

IndicateurFranceAllemagneItalie
Dette / PIB (fin 2025)115,6 %62,5 %135,3 %
Déficit public 20255,1 %~2 %~4,4 %
Taux 10 ans (mars 2026)~3,4 %~3,1 %~4,0 %
Détention par non-résidents55 %~40 %~30 %
Charge d'intérêts (% PIB)~2,2 %~1 %~3,8 %

L'Allemagne a engagé dès 2010 un programme de discipline budgétaire (la fameuse Schuldenbremse, ou « frein à la dette », inscrite dans la Constitution). Résultat : un ratio dette/PIB deux fois plus faible que celui de la France, des taux d'emprunt plus avantageux, et une marge de manœuvre supérieure pour absorber les chocs externes.

L'Italie, paradoxalement, est désormais perçue comme un emprunteur plus prévisible que la France par certains investisseurs. Le gouvernement Meloni respecte une certaine orthodoxie budgétaire, ce qui se traduit par une stabilisation de l'écart (« spread ») entre les obligations italiennes et allemandes — alors même que l'écart entre la France et l'Allemagne tend à se creuser.

C'est l'un des signaux les plus inquiétants pour la signature française.


Pourquoi cela concerne tout le monde

Au-delà des chiffres, la dette pèse concrètement sur la vie quotidienne des Français.

Sur le budget de l'État. Chaque euro consacré aux intérêts est un euro qui ne va pas à l'éducation, à la santé, à la transition écologique ou à la défense. La charge de la dette représente déjà 5,35 % des prélèvements obligatoires. Sans cette charge, 74 milliards d'euros pourraient théoriquement être restitués sous forme de baisses d'impôts ou réinvestis ailleurs.

Sur les marges de manœuvre. En cas de nouveau choc économique majeur — guerre, pandémie, crise climatique grave —, la France a moins de capacité que ses voisins à mobiliser des ressources d'urgence. La dette élevée fragilise la résilience du pays.

Sur la souveraineté. Avec 55 % de la dette détenue par des investisseurs étrangers, la France dépend en partie des perceptions des marchés internationaux pour financer ses dépenses courantes. Une crise de confiance — qu'elle soit économique ou politique — peut renchérir brutalement le coût de l'emprunt.

Sur les générations futures. La dette n'est pas remboursée chaque année : elle est roulée, c'est-à-dire refinancée par de nouvelles obligations. Mais les intérêts, eux, sont payés. Et chaque cohorte d'enfants qui entre sur le marché du travail hérite d'une charge d'intérêts plus élevée que celle de la cohorte précédente. Selon l'horloge de la dette publique, chaque habitant français consacre aujourd'hui 2,95 € par jour au paiement des intérêts — dont les nouveau-nés. La dette par habitant augmente de 7,31 € chaque jour.


Ce que disent les Français

Selon le baromètre Elabe d'octobre 2024, 82 % des Français jugent urgent de réduire la dette publique. Mais l'opinion se divise dès qu'il s'agit de définir les moyens : seuls 31 % accepteraient des coupes dans les dépenses sociales, 24 % une hausse des impôts.

C'est précisément le paradoxe politique de la dette : un consensus large sur le diagnostic, une fracture profonde sur le remède. Aucun gouvernement, depuis 1981, n'a réussi à inverser durablement la trajectoire — quelle que soit sa couleur.


Et après ?

Trois trajectoires possibles à l'horizon 2030.

Scénario 1 : la stabilisation lente. Le ratio dette/PIB se stabilise autour de 115-118 % grâce à un effort budgétaire modeste mais continu. La charge des intérêts plafonne autour de 80-85 milliards d'euros. Hypothèse d'un alignement des planètes : croissance nominale > taux d'intérêt apparent, accord politique stable.

Scénario 2 : la dérive maîtrisée. Le ratio continue de monter à 120-125 % d'ici 2030. La charge des intérêts atteint 90-100 milliards d'euros par an. Les agences de notation dégradent la France d'un cran, mais sans crise systémique. Hypothèse intermédiaire — celle que craint la Cour des comptes.

Scénario 3 : la crise de confiance. Un choc politique ou économique provoque une vente massive de la dette française par les investisseurs étrangers. Les taux montent brutalement. Le coût d'emprunt double en quelques mois. La France est contrainte à une consolidation budgétaire d'urgence, à la grecque. Hypothèse extrême — mais dont le déclencheur n'est pas connu d'avance.

À ce stade, le scénario 2 est le plus probable selon les économistes consultés par les principales institutions. Mais il n'est pas écrit. Il dépend des choix politiques des dix-huit prochains mois.

Des chaises vides dans un espace public, symbolisant l'incertitude et l'attente face aux choix budgétaires à venir.


La vraie question

À la fin, la dette publique n'est pas qu'un sujet technique. C'est un rapport de force entre générations.

Une part croissante du budget de l'État est désormais consacrée à servir des intérêts sur des emprunts contractés dans le passé — pour financer des dépenses qui ont profité à d'autres. La trajectoire est mathématique : plus la dette gonfle, plus les intérêts pèsent, plus la marge pour investir dans le futur se réduit. C'est l'inverse exact de la logique d'investissement public.

Le débat politique français aime à opposer austérité et relance, droite et gauche, rigueur et générosité. La réalité est plus simple, et plus implacable. Tant que les taux d'intérêt restent supérieurs à la croissance nominale, la France doit dégager un excédent primaire — c'est-à-dire avoir des recettes supérieures à ses dépenses hors intérêts.

Elle ne l'a pas fait depuis plus de vingt ans.


Sources principales


Cet article fait partie d'une série Kero sur les grands équilibres économiques français à l'horizon 2030. Si vous êtes économiste, fonctionnaire de Bercy, élu ou citoyen concerné par ce dossier et souhaitez nous transmettre une analyse ou un point de vue, écrivez-nous à hello@kero.media.